Mike Pietrus, de Pau-Orthez à Jordan Brand

Bonjour Mike, présente toi en quelques mots ?
Bonjour, je suis Mike Piétrus, je suis basketteur pro originaire de la Guadeloupe. J’ai 32ans et je mesure 1m98. Je suis en NBA depuis 10ans, j’ai été drafté en 2003 en 11ième position, je suis le premier joueur français à avoir été sponsorisé par Jordan Brand.

Tu es un basketteur Pro passé par l’équipe de France et des clubs prestigieux comme Pau Orthez, Golden State Warriors, Orlando Magics, Boston Celtics. Avec le recul explique-nous à quel moment tu as pris conscience de ton potentiel ? As-tu eu un déclic ?
Très bonne question, j’ai pris conscience de mon potentiel il y a exactement 10 ans quand je jouais encore pour l’équipe de Pau Orthez, je prenais plaisir à jouer au basket sans me préoccuper de mon avenir en NBA. Et puis un jour Jerry West, aka le logo de la NBA s’est déplacé pour venir me voir jouer à Pau, c’est la que j’ai pris conscience que j’avais peut être du talent. Ca a été le tournant de ma jeune carrière, alors j’ai redoublé d’effort car je ne voulais pas gâcher mon talent et il fallait que j’en fasse quelque chose. C’est une anecdote que très peu de gens connaissent …

Après avoir évolué à Pau Orthez basket, tu as rejoins la ligue américaine. Es-ce le parcours dont tu avais rêvé quand tu étais plus jeune ?
Pas vraiment en fait, lorsque j’étais jeune, je regardais avec beaucoup d’attention Michael Jordan et les finales NBA et je me prenais à rêver de pourvoir moi-même un jour faire partie de cette ligue sans espoir véritable. Et à force de travail et d’abnégation ce jour est arrivé, je m’en rappelle très bien, c’était le 26 juin 2003, jour où je fut drafté par les Golden State Warriors, il y a déjà 11 ans. A l’époque, je ne savais pas où se trouvait la ville de San Francisco où était implantée la franchise, pire je n’avais même jamais entendu parlé des Warriors ! Mon seul et unique but à ce moment-là était de progresser et de développer mon jeu car on me considérait depuis Pau Orthez comme le Jordan français à cause de mon jeu tout en percussion.

On sait que la carrière des sportifs professionnels est faite de hauts et de bas, tout au long de ta carrière malgré quelques blessures, tu es toujours allé de l’avant, ou puises-tu cette force mentale ? quel conseil pourrais-tu donner à un futur sportif pro ?
Pour répondre à cette question, je dirais que chacun à son parcours de vie, à 9 ans j’ai perdu ma mère, avec mon grand frère Florent, nous avons été élevé par ma grand mère et nous nous sommes serré les coudes. C’est en partie de cette tragédie que provient ma force mentale, j’apprécie chaque jour sur cette terre, et toutes les blessures ou frustrations que j’ai dû endurer m’ont toujours galvanisé et jamais détourné de mes objectifs. Je sais d’où je viens et ce que j’ai dû traverser. Je conseille toujours à un futur sportif pro de toujours garder en tête ses rêves de grandeur, certes c’est pas toujours facile… mais soit on se lève le matin et on va taffer, soit on rester à se lamenter dans son lit.

En NBA, tu as toujours eu la réputation d’être un shooteur mais surtout un solide défenseur face aux meilleurs, es-ce que ça a toujours été ton poste favori ?
Quand je joue au basket, je n’ai pas de rôle spécifique, je cherche avant tout à prendre du plaisir sur le terrain, à faire en sorte de m’amuser le plus possible. Etre confronté aux meilleurs joueurs de la ligue que sont Lebron James ou Kobe Bryant est un jeu pour moi, j’ai la chance par rapport au reste du monde de les voir en face et de toucher leur maillot. Ils font leur show, ce sont des scoreurs, mais si je peux les arrêter ou les ralentir c’est bien pour moi, mon objectif est atteint. Il ne faut pas oublier que ce sont les meilleurs joueurs du monde, et pouvoir ainsi les défier me fait progresser dans mon analyse du jeu et dans ma manière de défendre contre eux, car avant d’être des stars ce sont des bosseurs acharnés avec une mentalité à toute épreuve ou presque…

Cites-nous les deux meilleurs moments de ta carrière jusqu’a maintenant ?
Je dirais que j’ai pas vraiment de meilleurs moments, car avant tout pour moi le basket c’est un travail où je m’accomplis en tant d’athlète. Les meilleurs moments sont véritablement les instants précieux que je passe en compagnie de ma famille, avec mes enfants, ils sont pour moi comme un refuge.

En tant que sportif pro, considères-tu la sneaker juste comme un produit technique ou apprécies-tu son coté lifestyle ?
J’apprécie vraiment le coté lifestyle d’une paire de sneaker pour la simple raison qu’il y a encore 10 ans ça n’existait pas vraiment, toutes les grandes marques qui dominent le marché, Nike, Adidas, ont travaillé et développé le lifestyle. Les sneakers aujourd’hui ont plus de valeur qu’il y a 10 ans. Avoir la dernière paire de Jordan en édition limitée est synonyme de fierté de nos jours.

Tu as été le premier et le seul Français voire Européen à avoir été sous contrat avec Jordan Brand, ça à du être un moment marquant pour toi, qu’as tu ressenti après avoir été choisi ?
J’ai été sous contrat avec Jordan Brand de 2003 à 2007, ça a représenté beaucoup pour moi, car quand j’étais jeune en Guadeloupe par manque de moyens, il m’arrivait quelque fois de jouer pieds nus au basket… et tout d’un coup me voilà choisi par la marque Jordan Brand comme ambassadeur, c’était juste incroyable ! Cette expérience chez Jordan Brand a été un summum dans ma carrière de joueur, j’ai énormement apprécié de travailler avec eux. Jordan Brand, c’est le meilleur service client et accueil dont un athlète peut rêver. Et puis avoir les chaussures avant les autres, c’était un prestige…

Pourrais-tu nous expliquer les coulisses de ce partenariat ?
En 2002/2003, en France on me considérait comme le « Jordan français » car mon jeu et mes moves selon certains observateurs ressemblaient parfois au jeu de His Airness. Mais personnellement je ne m’en rendais pas tout à fait compte. C’est la venue de Jerry West à Pau en 2003 qui m’a boosté, en autre pour avoir ce contrat. Et quand c’est arrivé, j’étais l’homme le plus heureux du monde. D’autant plus que j’avais tous les produits estampillés Jordan 6 mois à l’avance, je les portais juste pour montrer que je les avais avant tout le monde. Parmi la multitude de modèles mis à disposition par la marque, c’est la jordan III que je préférais par dessus tout. Un modèle simple et efficace.

Beaucoup de joueurs auraient aimé être sponsorisé par la marque Jordan, as-tu ressenti une fierté particulier en intégrant la Jordan Brand Family ?
Absolument et aujourd’hui encore, je ressens cette fierté d’avoir été sous contrat avec Jordan Brand, je continue à collectionner les Jordan, j’en possède énormément. Et surtout avoir côtoyé le meilleur joueur de tous les temps m’a rendu extrêmement humble et fier.

La marque avait pour habitude de ne signer que des joueurs américains, tu as fait l’exemption. Pourquoi la marque a t-elle dérogé à sa règle et a décidé de miser sur toi ?
Parce que, je pense encore une fois que j’avais un jeu basé sur le un contre un, sur l’énergie et l’agressivité en attaque comme en défense, qui sont des caractéristiques typiques du basket américain. Tous ces détails ont joué en ma faveur. Par la suite, j’ai su que Michael Jordan supervisait les vidéos des joueurs qu’il voulait signer pour sa marque. Sans me vanter, c’est une grande fierté de savoir que j’ai été sélectionné par sa Majesté elle-même…

J’imagine que tu as été fan de MJ étant jeune, est-ce que jouer avec ta première PE (players exclusives) a été un moment particulier pour toi ou était-ce qu’un simple équipementier ?
En effet, fouler pour la première fois les parquets de la ligue avec ma première PE avec en plus mon numéro de maillot affiché sur ma paire a été un moment unique et privilégié. Mais le must pour moi fût de jouer contre les Chicago Bulls avec mes Jordan aux pieds. C’était vraiment un rêve qui devenait réalité. A aucun moment je n’ai considéré Jordan Brand comme un simple équipementier, mais bien comme un signe de réussite.

Est-ce que tu comprends le fort engouement pour la marque Jordan Brand de la part des passionnés et des collectionneurs de nos jours ?
Il y a encore 10 ans de cela il n’y avait pas encore d’engouement aussi prononcé pour les Jordan, mais de nos jours, les gens arrivent à se battrent pour en avoir une… On est purement dans une logique marketing ou l’offre ne correspond pas à la demande, le produit est raréfié ce qui amplifie sa valeur marchande.

Tu as été aussi le premier Français a avoir été signé par la marque Chinoise Peak. J’ai eu ouïe dire que Peak t’accordait une grande confiance et que tu avais eu la possibilité de créer tes propres modèles. Tu as même pu réaliser une PE étiquetée « Guadeloupe », raconte nous la genèse de cette collaboration ?
Ma première paire de Peak résume en réalité ma carrière, lors de la signature de mon contrat, j’ai obtenu la possibilité de créer mon propre modèle et de participer à son design car je voulais une chaussure qui me corresponde, et qui retrace mon parcours, c’est un projet que j’ai pris très à cœur. En effet la paire était paré d’un colorway bleu et blanc faisant référence aux couleurs du club des Orlando Magics. Elle symbolisait aussi le Golden Gate Bridge de San Francisco : le toe box était composé d’une fine toile élastique sur laquelle était placé le logo Peak. Les rayures marrons sur cette toile représentaient le Golden Gate Bridge, et à l’arrière de la chaussure, on distingue des barreaux blanc qui symbolisent là encore l’armature métallique du Golden Gate Bridge. A l’intérieur de la languette, le chiffre 64 représente le département des Pyrénées Atlantiques où se trouve la ville de Pau où j’ai également joué. Il fallait aussi que la paire fasse référence à la Guadeloupe. Du coup la semelle intérieure représente la carte de mon île. C’était important pour moi. Je suis fier également que beaucoup de joueurs NBA portent cette paire, même s’ils n’en connaissent pas l’histoire et toute sa symbolique. Au final, cette paire me ressemble vraiment.

Le mot de la fin…
J’aimerai dire à la jeune génération qui portent des Jordan et apprécient vraiment les sneakers, qu’ils doivent être fiers de porter leurs paires. A travers elles, ils représentent le meilleur joueur de tous les temps. Cela fait partie de la culture sneakers, et à ce titre j’apprécie beaucoup le travail de Sneakers Culture qui véhicule cette culture. Les paires ont une histoire. Et les sneakers que l’on porte aujourd’hui en auront une dans 10 ou 20 ans, et cela ajoutera à leur valeur.

Crédit photos: Babylon

S.A

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