Band of Brothers Part 63

Dans la rubrique Band of Brothers nous donnons la parole à des amateurs de sneakers, pour cette soixante troisième interview express, Mak a des choses à vous dire…

Bonjour Mak, présente toi en quelques mots ?
Salut Max et bonjour à tous, Mak Paro, animateur radio sur l’émission Street Diamond (Radio RGB) depuis environ 6 ans et animateur d’événements aussi bien culturels que musicaux.

Par quel biais es-tu venu à la sneaker (le sport, la curiosité du moment…) ?
Je pense que la sneaker s’est imposée à moi. Quand tu es jeune, tu portes des baskets pour aller à l’école et se sont les mêmes baskets que tu crames en jouant au foot, au basket et en sautant dans les flaques d’eau en toute insouciance. La basket était déjà au centre. Je suis originaire de Sarcelles où il y a eu, courant 90, le culte de la basket blanche + Levi’s 501 cartonné ou Jogging Lacoste. Ce n’était pas mon truc, moi c’était Jordan, Robinson, les cassettes NBA ou les commentaires de George Eddy qui me faisaient vibrer bien plus que les Boli, Ginola et consort. Le Hip-Hop des 90′ et les Baggys y ont aussi contribué. Pour l’anecdote, les petits du quartier, en nous voyant, aimaient souvent scander “Oh l’cainri, oh les cainris!”. Quelques années plus tard les baggys étaient à la mode et ils voulaient nous en vendre…

Tu sembles brandir comme un trophée la Jordan 7 (Bordeaux et Love of the game) , As-tu une histoire particulière avec cette paire? Pourquoi ce choix ? qu’ apprécies-tu dans ce modèle ?
Traditionnellement, à chaque rentrée scolaire, j’avais droit à une paire de Basket. Je ne me rappelle plus de mes premières “Nikento” (chaussures sans “marque” lol) et autres paires qui ne me plaisaient pas ; par contre cette rentrée où, pour la 1ère fois, j’ai eu le droit de choisir ma paire, je m’en souviens comme si c’était avant hier. Après de longues recherches infructueuses, je suis tombé sur elle. Flamboyante, folle, la Jordan 7 Bordeaux. Super belle, mais trop chère pour le budget de ma mère qui m’a proposée d’autres paires. De part mon éducation je n’ai pas rouspété mais j’étais tellement dégoûté que j’ai préféré dire à ma mère que ce n’était pas grave et que je préférais ne pas prendre de paire. Elle m’a regardé et au final on l’a prise. J’étais super content. J’en prenais vachement soin, mais malgré cela, les mois passaient et la paire s’usait inlassablement et plutôt rapidement. Bien des années plus tard, mon grand frère (Deno i see you) m’avouera l’avoir “empruntée” de manière régulière… La Jordan 7 est, si je ne m’abuse, la 1ère Air Jordan sans référence visible à Nike, pas de grosse virgule, rien. Elle était à part. De plus elle est originale de part ses matières et le confort du chausson de technologie Huarache. J’ai aussi choisi l’édition “Love of the game” qui est la Jordan 7 Olympique avec un ballon de basket en forme de cœur sur le coté arrière de la paire. A cette époque Jordan est au top, il a enfin battu les Bad Boys (Detroit Pistons), c’est avant son Break et l’arrêt de la carrière de Magic (qui avait encore beaucoup à donner) et Larry Bird. C’est la création de la Dream Team des Jeux Olympiques de 1992. Une équipe incroyable, le basket était au top et les vrais Stars de Barcelone c’était la bande à Charles Barkley. Cette édition est aussi la seule arborant le numéro 9 du Maillot Officiel de The Airness. Pour finir, La NBA avait comme slogan “I Love This Game” et l’édition “Love of the game” représente un peu tout ça, ainsi que mon kiffe de la sneaker.

Te souviens-tu de ta première paire?
Arf! Ma première paire de “Marque” c’était une Adidas Torsion qui était juste au niveau de la taille et avait un ou 2 éléments couleur rose. LOL. J’étais dégoûté mais au final c’était une très belle paire que j’ai dû mettre un mois…

Es-tu un collectionneur ou un passionné ?
Les deux, j’ai des fois dans mes choix la légèreté du passionné et d’autres fois la folie, peut-être moins compréhensible pour d’autres, du collectionneur. Je peux chercher une paire à l’édition bien précise pendant des mois ou des années entre l’Europe et les U.S.A. Des fois il faut juste être patient, à l’affût et avoir un bon réseau ou de bons potes tout aussi passionnés.

Pourquoi existe t-il un tel engouement pour la basket de nos jours ?
Pour les anciens, hors la nostalgie, cela représente une constance. Quelque chose qui ne change pas et qui est connu dans le passé comme étant qualitatif. Un repaire fiable dans un monde qui, de nos jours, parait plus précaire. Le coup de génie du Marketing de Nike a été d’intéresser les non sportifs, non seulement en déclinant à foison les coloris, mais aussi et surtout en faisant appel aux stars du moment afin de porter leurs paires. Mais attention, ces stars ne font pas forcément des pubs “classiques”. La plupart utilise les réseaux sociaux pour montrer leur quotidien accompagné de paires exclusives ou qui vont bientôt sortir. Et comme tout le monde rêve d’être V.I.P tout en roulant en Clio…

Et si on parlait de resell… Penses-tu qu’il permet quelquefois de mettre la main sur des paires impossibles à avoir chez les distributeurs ou en boutiques ? ou le considères- tu comme néfaste ?
Pour les personnes qui ne sont pas dans le milieu de la sneaker, il est important de signaler que le “resell” est un jargon que nous avons “francisé” et que nous pouvons traduire par revente. Il y a des “reselleurs” connus et “réglo”, certains sont en passe de devenir des marques en France. Ce qui existe déjà aux U.S. Ce qui me gêne peu. Ce qui est peu tolérable c’est que les marques n’assument pas leur politique, ce qui crée un certain flou qui n’a rien d’artistique. Quand on a une politique de raréfaction de release en Quickstrike ou Hyperstryke, on en assume la distribution et ses conséquences… Si il y a des tensions à ce niveau, pour moi, c’est de la faute des marques et des distributeurs qui, au lieu d’établir des règles standards et bien lisibles pour chaque acheteur, préfèrent laisser aux acheteurs le soin de s’auto-gérer bon gré mal gré en rédigeant eux-mêmes une liste faisant foi de la soi-disant présence de chacun tout au long de l’attente. Le mec qui s’occupe de la liste a “ses gens” sur les réseaux sociaux et ils peuvent s’organiser sur la date et l’horaire, partir, revenir, être sur plusieurs listes en même temps, bref! Tout ça pour dire que c’est super litigieux. Pourquoi laissent-ils cela ainsi? N’assument-ils pas leur politique et peut-être la fiabilité de leurs employés? Ce monde est sans règles lisibles et effectivement je le trouve néfaste. Quand tu fais 2 mètres, un bon 46 et qu’un petit gars d’1m50 chaussant du 39 est devant toi sur la liste et prend ta taille… Si ils ont fixé comme règle “une paire par acheteur”, il devrait ajouter “une paire à sa taille”. Et assumer eux-mêmes les listes, quitte à payer un employé pour qu’il vienne 4h plus tôt. Leur politique sur les “HS” et “QS” n’est pas à but commercial mais de la communication faite en nous utilisant comme panneaux publicitaires, vivant dans une file indienne désordonnée et galérant quel que soit le temps ou l’heure devant leurs boutiques et brandissant nos “trophées” dans la rue et sur les réseaux sociaux. Ils se servent de ce système pour susciter l’engouement et créer de la frustration chez les autres, alors qu’ils assument et mettent les moyens!

Selon ton expérience, pourquoi existe t-il un clivage aussi marqué entre la nouvelle et l’ancienne génération de sneaker addict ou sneakerhead ?
Au niveau de la France, on a en général un gros problème avec l’histoire. Déjà qu’on a du mal à reconnaitre et assumer l’histoire de notre pays, alors quant à l’histoire du sport on est à des années-lumières des Américains ou des Anglais. Quand (pour prendre un exemple) l’Olympique de Marseille fête en 2013 les 20 ans de sa victoire en ligue des champions et qu’il manque une grosse partie de l’équipe qui a soulevé le trophée, ou encore qu’on n’apprend pas aux jeunes des centres de formation l’histoire de leur sport, je trouve ça grave. Va à Clairfontaine et demande leur qui est Juste Fontaine… S’ils n’ont pas de smartphone à proximité, ils te parleront de Justin Bridou… lol. A contrario va à L.A et demande qui est Jerry West à un jeune basketteur et il te montrera le logo NBA. C’est un peu ce qui se passe avec l’ancienne et la nouvelle génération de sneakerhead. Nous avons les connaissances et le savoir ; et si nous sommes nostalgiques, eux sont “pragmatique$”!

Te considères- tu comme un sneaker addict ? Ce terme est à la mode, qu’en penses-tu ?
De qui parle-t-on? De l’acheteur compulsif qui se “crack” et se ruine pour acheter l’avalanche de paires dernièrement sorties? Ou on parle du gars qui n’a peut-être qu’une ou deux paires, mais qui en prend soin avec le petit coup de chiffon et le respect dû à sa paire? Je n’ai aucune prétention, je suis un sneaker lover comme ma AJ7 Love of the game.

Le mot de la fin ???
Arrêtez de suivre les Ayatollahs de la sneaker sur le net les gars et les girls! Il faut s’instruire, partager et échanger, certes, mais fiez-vous à votre instinct et faites-vous vos propres opinions quoi qu’en disent ou pensent les autres. Merci à Max Limol et toute son équipe qui fait depuis tant d’années un travail phénoménal bénévolement. La rubrique Bands of Brothers est un peu l’infographie, le pouls régulier des consommateurs de France et de Navarre et elle a beaucoup de valeur en love et pas seulement… Donc les marques, payez-les! Facilitez leur l’accès à des paires rares ou à de grands personnages de cette industrie, ils méritent votre collaboration.

Pour finir: “Quelle est la différence entre un bon sneakerhead et un mauvais sneakerhead? Le bon sneakerhead kiffe les baskets, les prend et les chausse. Tandis que le mauvais sneakerhead kiffe aussi les baskets… et il les prend, puis les chausse!” #inconnus #chasseurs Traduction: On kiffe tous la basket donc ne vous prenez pas la tête. One Love.

Crédit photos: Babylon

S.A

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