Band of Brothers Part 72

Dans la rubrique Band of Brothers nous donnons la parole à des amateurs de sneakers, pour cette soixante douzième interview express, Lamine a des choses à vous dire…

Bonjour Lamine présente toi en quelques mots ?

Je m’appelle Lamine, j’ai 32 ans, je suis jeune chef d’entreprise, passionné de nouvelles technologies et de savoir-faire technique et artisanaux comme la fabrication électronique, automobile… ou encore sportswear et particulierement en ce qui conserne les chaussures.

Par quel biais es-tu venu à la basket ? Est-ce par le sport, la curiosité du moment ?

Je suis venu à la basket à la fois par le sport (basketball initialement) et un mélange de curiosité et de fascination du style des chaussures portées par les sportifs (Jordan, Barkley, Agassi, Jim Courrier, Pippen, Robinson, …) ou certains acteurs que je voyais à la télé (Mac Gyver, Parker Lewis, Axel Foley, …) et de la technique (forme, amorti, laçage…). Je consommais beaucoup de télévision dans mon jeune âge, en particulier les programmes sportifs tels que Roland Garros, l’athletisme, le football, le basketball… Et n’ayant pas la chance d’avoir Canal+ à l’époque, je regardais les résumés NBA à la télé le dimanche après-midi (tout début des années 90) et je focalisais principalement sur les paires de chaussures que portaient les meilleurs joueurs, ceux qui faisaient de beaux dunks, du beau jeu.

Te rappelles-tu de ta première paire ?

Ma toute première vraie paire de sneaker dont je me souviens était une paire de Nike Drivin Force 2 (1992), j’étais en CM1, et je m’en rappelle particulièrement bien car je me l’étais payé seul avec mon argent de poche, à ERAM. Habitant en province, à l’époque il n’y avait pas de Footlocker, de Courir, de Décathlon (qui ont ouvert dans un grand centre commercial prés de chez moi à partir de 93/94) du coup il y avait quelques paires “basiques” mais sympa dans une boutique telle que ERAM.

Tu sembles brandir comme un trophée une Nike Air Max Force Barkley. As-tu une histoire particulière avec cette paire ? Pourquoi ce choix? Qu’apprécies-tu dans ce modèle ?

J’ai choisi de porter cette Nike Air Max Force B (Barkley) de 1993 car c’est une paire, une année, et une période de ma vie qui m’a marqué : cette paire j’ai réussi à l’avoir tardivement (il y a moins de 5 ans… et 2 paires d’un coup !) et j’en avais toujours rêvé car à l’époque en 93 j’étais en CM2 et un de mes copains (Nicolas B. qui se reconnaitra ^^) en portait une paire pour jouer au basket, mais aussi pour jouer au foot avec le ballon en mousse dans notre cour de récréation ! Étant également un grand fan de football, cette paire est sortie l’année où l’Olympique de Marseille (mon club favoris) remportait la Ligue des champions, et on s’identifiait à Franck Sauzé, Abdedi Pelé, ou Basile Boli en jouant au foot, et cela me rendait malade de voir mon copain Nicolas jouer avec sa superbe paire de basket au foot même par temps de pluie.

Tu vis en province, Explique nous comment a débuté ta culture sneaker loin de la capitale, as-tu des anecdotes ?

Oui comme expliqué, les magasins spécialisés sont arrivés tardivement là où j’habite (en Normandie proche de Rouen) et du coup on ne trouvait pas tout, mais il y avait certaines paires dans des magasins comme ERAM ou encore dans certains hypermarchés ; je me rappelle particulièrement d’avoir vu pour la première fois de ma vie une paire de Pump chez Leclerc, elles étaient vendues en rayon sans box et à un prix de “999 francs” (taille adulte)… C’était hallucinant à l’époque (idem pour les Air Max BW qui valait environ 690 francs si je me souviens bien). Jouant au basket en club je commençais à voir mes camarades porter ces paires mythiques et les premières Jordan qui commençaient à se vendre dans le coin (à partir de la Jordan 7 dans mes souvenirs). Puis sont arrivés Courir, Decathlon, où à cette période 93/94/95 on trouvait de superbes paires (Nike Air Magnum Force, Huarache, Cross-trainer, Pump, LA-Gear, Puma Disc…) je passais mon temps à visiter et contempler ces paires que je ne pouvais pas avoir à l’époque pendant que ma mère faisait les courses.

Pourquoi un tel engouement autour de la Sneaker aujourd’hui ? Comment vois-tu le marché actuel de la sneaker ?

Je pense que la sneaker est un élément clé d’une tenue de tous les jours au-delà même du sport. On peut presque être habillé n’importe comment ou avec de vieux habits, une belle paire de sneakers toute neuve bien brillante (une Air Force One white on white par exemple) ou d’époque en bon état cela se remarque tout de suite et cela ressort par rapport à sa tenue. Aussi, je pense que cela fait à la fois partie de l’engouement de tout ce qui est rétro depuis quelques années (vêtements, vinyles, véhicules…) et qu’il y a bon nombre de “young timer” comme on dit, qui aiment à se souvenir d’une époque et de racheter des paires en rééditions qu’ils n’ont pu se payer à un moment. Le sport majoritairement est également un vecteur principal qui véhicule toujours un ensemble de nouveautés technologiques et de styles qui font que la sneaker reste un objet particulier bien plus qu’une ceinture, qu’une casquette ou qu’une chemise.

Le Hip hop et basket-ball ont toujours été des univers très fusionnels en ce qui conserne la sneakers ? Comment expliques-tu la génese de ce phénomène ( cette transversalité) ?

Les deux ont toujours été intimement liés grâce à l’univers le plus populaire qu’il soit : la rue. Depuis les années 70, le plus pratique à porter pour les enfants, les jeunes et surtout en terme de résistance et de prix c’est la basket (Puma Clyde/Suède, Adidas Gazelle/SuperStar/StanSmith, Converse AllStar, Reebok Classic, puis Nike …) … le basketball d’un côté et le Hip Hop de l’autre (grâce aux BBoys et à Run DMC principalement) ont rendu la basket objet culte de la jeunesse, des rues, et de la classe la plus populaire d’entre nous aux USA dans un premier temps puis partout dans le monde entre 80 et début 90. La culture urbaine a toujours eu besoin de symbole et le meilleur point de liaison entre les deux, le sport (basket, danse) et le HipHop était la sneaker. Pour pas grand chose (à raison d’une paire de basket pour 1 ou 2 ans… Il fallait que cela tienne tant que l’on rentrait dedans lol) on pouvait avoir du style, être cool, et être en tenue pour pratiquer du sport ou s’exprimer en milieu urbain.

Selon ton experience, pourquoi existe t-il un clivage aussi marqué entre la nouvelle et l’ancienne génération de sneaker addict ou sneakerhead ?

Je pense que le fait d’avoir vécu dés le début ou dans la période où se sont produits ces changements culturels et techniques (la semelle à bulle d’air, la pump, le disc, etc…) qui sont de vrais bouleversements et nouveautés dans le quotidien des gens, ce n’est pas la même chose que de faire parti des plus jeunes générations (nées courant les années 90 ou 2000) qui prennent ces évolutions comme si cela avait toujours existé. C’est comme l’arrivée des premiers téléphones portables, de l’informatique, d’internet… Avoir vécu l’arrivée de ces nouveaux outils et nouvelles technologies en connaissant l’avant et l’après, ce n’est pas pareil que de vivre directement avec ces technologies qui semblent surement banales pour les nouvelles générations. Mais elles aussi vivront certainement des choses qui les marqueront dans quelques années … et ainsi de suite pour les générations futures.
Il y a aussi un rapport à l’objet, aux éléments de fabrication, aux performances liées des sportifs mythiques des années 80/90 qui étaient de plus en plus médiatisés, et surtout je pense au prix et à la difficulté d’avoir pu avoir nos premières paires qui est totalement différent de ce qui peut exister maintenant.

Es-tu plus sélectif qu’avant ou achètes-tu sur des coups de tête ou des coups de coeur ? Te considères-tu comme un sneaker addict ? Ce terme est à la mode, qu’en penses-tu ?

Après m’être fait plaisir durant quelques années (après avoir eu mes premiers petits boulots et premier vrai emploi), je me suis “calmé” et suis beaucoup plus sélectif car le flow de rééditions rétro et de releases est très important (il y a au moins une sortie de Jordan par semaine par exemple), et surtout les prix ont flambé … pour de la qualité moindre. J’achète toujours mais je garde ce côté minutieux de bien me renseigner avant sur la qualité de fabrication, les matériaux, la forme de la paire par rapport à celle de l’époque, … etc. Sneaker addict, non car je ne suis pas accro, j’aime mes paires, j’en ai un peu plus d’un cinquantaine, mais c’est surtout pour la nostalgie ou la performance (running, basket, football, marche) et si je devais pour X raisons m’en débarrasser du jour au lendemain je le ferais (bon pas tout de suite quand même … ^^).
Le terme de sneaker addict est à la mode car c’est un phénomène réel et qu’il est approprié pour certains que je connais lol mais je regrette que dans ce terme il ne soit associé qu’à celui de la consommation effrénée … je préfèrerais lui associer le mot culture… Sneakers culture… Tiens cela me dit quelque-chose !

Qu’est ce la culture sneaker pour toi ?

Pour moi c’est le fait d’apprécier la chaussure de sport en tant qu’objet de style, de technologie, de fabrication, et de s’intéresser un minimum à l’histoire ou la période à laquelle elle est associée. Pour un bon nombre de paires, surtout les plus emblématiques il y a une performance (un athlète), un évènement (jeux olympiques, championnats…), ou une période liée. Dès fois des choses toutes simples de notre vie, par exemple pour les gens de ma génération l’Adidas Stan Smith, la Reebok Classic ou l’Air Max BW, cela représente LA paire qu’il fallait avoir au collège ou au lycée … et que l’on pouvait trouver sur les marchés ou certaines boutiques pour pas trop cher.

Le mot de la fin ???

Le meilleur moyen d’apprécier son quotidien est de s’y intéresser et de s’y investir, dans tout ce qu’il peut comporter : de votre paire de chaussure, à votre boulot, en passant par le vieux monsieur qui fait ses courses en bas de chez vous ou à la manière dont les personnes discutent entre elles. Vivre son quotidien jour après jour comme de simples journées qui se succèdent sans saveur, sans culture, sans intérêt, sans projet, est une triste manière de vivre sa vie. Pour profiter de votre vie à fond, n’attendez pas que les choses viennent à vous, impliquez-vous, intéressez-vous, vous ne cesserez d’apprendre et de vous enrichir de toutes les manières possibles.

Retrouvez Lamine dans son émission radio “Pour vos oreilles” tout les vendredis de 22h à 23h sur Radio RC2: DJ Lame-in – Pour vos oreilles

Crédit photos: Jam Devill

S.A

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